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jeudi 30 août 2012

Tropismes



 Desc: Claire se plaint à Alice de sa vie sexuelle avec son compagnon. Alice lui explique qu'elle doit apprendre à se lacher. Elle lui raconte, comment avec un inconnu, dans un club échangiste qu'elle fréquentait pour la première fois, elle a éprouvé l'orgasme le plus intense de son existence alors qu'elle n'était la que sur la demande insistante de son compagnon.....



- Si tu savais Alice, comme Laurent me fatigue, à tout le temps vouloir que je lui fasse une description rétrospective de mes orgasmes. J'ai l'impression de subir une séance de débriefing de mon coach. Qu'est-ce que j'en sais si je préfère l'orgasme vaginal ou clitoridien. Si déjà je pouvais éprouver un orgasme, ça me changerait et j'aurais peut-être quelque chose à lui raconter. Et toi Alice ?
- Moi quoi ? Claire,
- Tu trouves que c'est normal que je n'arrive pas à décoller avec lui ?
- Je n'en sais rien, tu lui as expliqué ce que tu préférais.
- C'est la meilleure celle-là. C'est à moi de lui expliquer comment il doit s'y prendre pour me faire jouir ? Et je dois peut être lui donner un mode d'emploi ? Tu me prends pour une commode de chez Ikea ?
- Mais Claire, si tu ne lui dis pas comment tu aimes être caressée, et que tu ne lui en parles pas après, il ne pourra jamais savoir comment s'y prendre correctement.
- A cinquante ans, tout de même, je ne suis pas la première femme qu'il touche, il devrait savoir.
- Mais ça ne te fait rien du tout ou c'est juste l'orgasme que tu n'arrives pas à atteindre ?
- Non, j'aime bien. Mais ce que j'aime surtout, c'est quand il me prend dans ses bras. Mais tous les trucs qu'il voudrait me faire, avec lui, ça me bloque…
- C'est quoi les trucs qu'il voudrait te faire.
- Bien, je ne sais pas moi. Elle réfléchit un instant et reprit. Tiens, tu vois, des fois il m'allonge et me fourre sa tête entre les jambes. Il m'enlève ma culotte et veut m'embrasser là.
- Et alors, tu n'aimes pas ?
- Ca me gêne un peu. Je n'ai pas envie qu'il me voit comme une salope.
- Moi tu sais, j'adore ça, et j'ai plutôt du mal à en trouver un qui aime vraiment me le faire correctement. Et alors, donc, tu trouves que je suis une salope moi.
- Mais non, Alice, ce n'est pas ce que je voulais dire.
- C'est ce que tu as dit.
- Prends pas la mouche… Ca me gêne, c'est tout. C'est la première fois que je ressens vraiment quelque chose pour un homme et qu'il veut bien me parler de futur et tout ça quoi.
- Et tu penses que c'est parce que tu fais ta timide, qu'il t'aimera plus et qu'il restera toute sa vie avec toi ?
- Je ne sais pas faire autrement.
- En fait, comme tu tiens à lui, tu ne peux pas vraiment te lâcher et tu ne t'éclates pas.
- Mais je l'aime, enfin, je crois…
- Je n'ai pas dit que tu ne l'aimais pas, justement, c'est peut être ça qui te bloque.
- Je sais, je suis bête.
- Mais non ma chérie, tu n'es pas bête, c'est arrivé à tout le monde, à moi aussi. Tu veux que je te dise quand j'ai pris le plus grand pied de ma vie ? C'était avec mon ex,
- Lequel de tes ex ?
- Le dernier, celui qui a vraiment compté pour moi. Il voulait que nous allions dans un club échangiste et moi ça ne me disait trop rien.
- Ils veulent tous ca j'ai l'impression.
- Enfin, un jour, ou plutôt un soir, je luis dis d'accord, on y va. Mais juste pour regarder.
- Alors vous y avez été vraiment ?
- Oui, il n'attendait que ça depuis des mois, il savait exactement où aller et il m'a briefé sur la tenue que je devais porter. Talons, jupe courte, bas, il voulait que je sente le sexe à trois kilomètres.
- Il voulait que tu sois habillée comme une pute oui.
- Une pute je sais pas, mais sexy oui.
- On peut être sexy sans forcément ressembler à une pouf.
- Pour nous, peut-être, mais pas pour les mecs. Bon, alors on se retrouvre devant la porte, et je te prie de croire que je n'en menais pas large et lui, j'en suis sure, encore moins que moi.
- Pourtant, c'est lui qui voulait t'y amener, mais il cherchait quoi au juste, il voulait se taper des nanas ?
- Je ne sais pas trop ce qu'il voulait, on n'en avait pas vraiment parlé avant, on aurait dû. Je crois que c'était juste un fantasme. En fait, ce qu'il voulait, tu ne vas pas me croire. Il voulait me voir prise par un autre devant lui.
- Non ? Mais je croyais qu'il était amoureux de toi.
- Ca n'a rien à voir… Bien sûr qu'il était fou amoureux de moi à l'époque, mais c'était son fantasme, enfin, il m'en avait parlé sans vraiment me le dire, du style " tu sais ma chérie, j'ai vraiment envie que tu t'amuses et moi ce que je veux c'est ton bonheur, alors, si tu as envie de te lâcher vas-y"
- Tu parles, c'est pas trop clair comme message, j'ai plutôt l'impression qu'il cherchait une excuse pour aller baiser en douce dans ton dos.
- Justement non, je lui avais dit que si je le voyais fourrer sa langue ou sa queue ailleurs que chez moi, il pouvait m'oublier et qu'il n'aurait même pas à prendre la peine de me raccompagner à la maison.
- Il voulait un plan à trois, comme ça tu lui aurais servi d'éclaireuse avec une autre.
- Peut-être, mais ça ne s'est pas passé comme ça. A l’accueil, une dame, très souriante nous a demandé si c’était la première fois que nous étions ses invités. J’avais les yeux fixés sur le bout de mes escarpins et une terrible envie d’allumer une cigarette.
- Dis-moi quand tu n’as pas une terrible envie d’allumer une cigarette.
- En tous cas, la dame à l’accueil, elle s’appelle Martine, nous dit que l’endroit est intégralement non-fumeur, et nous propose une petite visite des lieux.
- Vous vous êtes déshabillés tout de suite ?
- Mais non, a quoi ça aurait servi que je sois sexy en talons aiguilles. L’endroit n’était pas très grand, pas comme une boite de nuit, et la musique suffisamment forte ne nous assourdissait pas non plus. Il était facile de s’entendre, à condition de se pencher à l’oreille de l’autre, mais sans crier.
- Ça doit faire des années que je ne suis pas retournée en boite, mais je me souviens qu’entre la fumée et le bruit, je ressortais régulièrement avec un mal de crane affreux.
- Enfin, comme je te le dis, l’ambiance était plutôt chaleureuse.
- Il y avait beaucoup de monde ?
- Non, nous étions arrivés tôt, il n’était pas vingt-trois heures. Martine nous a dit que les habitués venaient chez elle généralement après diner, pas avant minuit, mais que c’était très bien pour la première fois d’arriver en avance, on pourrait s’installer confortablement et s’habituer.
- Alors vous étiez tous les deux, seuls avec la tenancière.
- Il y avait quelques couples qui dansaient et quelques hommes seuls au bar qui les regardaient.
- Des hommes seuls, je croyais que ces endroits étaient réservés aux couples.
- Ca dépend des jours, mais cette soirée la, en semaine en plus, c’était ce qu’ils appellent une soirée mixte.
- Une soirée mixte ?
- Avec des couples, des hommes et des femmes seules. Martine a continué la visite en nous montrant son sauna, les salles de bains, les petits coins pour s’isoler si nous le souhaitions, c’était très propre et ça sentait bon. Je me sentais mieux, mais je n’avais qu’une trouille, celle de croiser quelqu’un que je connaissais.
- Tu imagines, l’horreur.
- J’y avais pensé, je m’étais mis une perruque blonde. Normalement, je devais être méconnaissable.
- On nous a finalement installé à une petite table, légèrement en retrait, mais avec une vue privilégiée sur la piste de danse. Elle a pris notre commande et nous a rappelé que le but ici n’était pas de s’enivrer mais de se sentir à l’aise, c’est pourquoi l’alcool était limité à trois consommations.
- Comment ils font pour vérifier ?
- A l’entrée, on te donne trois jetons par personne, la première consommation est offerte, si tu veux prendre un autre verre, tu dois donner ton jeton à la serveuse.
- C’est n’importe quoi, si tu avais donné tes jetons à ton mec, ils n’auraient vu que du feu.
- Justement, pour les garçons, les jetons sont noirs et pour les filles ils sont blancs. Bien sûr, un garçon peut donner à un autre, c’est pas parfait, mais ça limite la consommation. Alors, comme je te le disais, on était assis, tous les deux sur une banquette très basse et nous regardions les couples qui arrivaient. Laurent me tenait contre lui par les épaules et me caressait le bras. Moi, j’avais mis une robe tellement courte, et la banquette était si basse qu’elle me remontait au-dessus des bas, presque jusqu’au string. Je m’entortillais les jambes et je n’arretais pas de tirer sur ma robe pour qu’on ne voie pas ma culotte.
- Mais elle était vraiment si courte que ca ?
- Courte, mais c’est surtout les banquettes qui étaient très basses, on devait avoir les fesses à une trentaine de centimètres de la moquette ;
- Ca devait être fait expres non ?
- A ton avis ?
- Oui, bien sûr. Si c’avait été moi, j’aurais été tellement gênée que ….
- Je n’étais vraiment pas trop à mon aise, mais, Laurent m’a montré une femme que je n’avais pas encore vue, et qui dansait au milieu de deux hommes. C’est la qu’il m’a dit d’arrêter de me tortiller, que c’était le meilleur moyen de me faire remarquer.
- Et la femme, elle dansait comment ? Au fait, tu avais mis tes lunettes cette fois ci ?
- J’étais partie pour me faire conduire et je ne voulais pas les mettre, mais Laurent a insisté pour que je les garde, elles en rajoutaient à mon côté sexy.
- Au moins tu auras passé ta soirée en clair.
- Oui, j’ai tout vu, mais alors vraiment tout. La femme, comme je te le disais, était en train de coincer entre deux gars d’une trentaine d’année pas plus.
- Et elle, qu’elle Age avait-elle.
- Un peu plus, peut être quarante, mais surement moins. Trente-sept, trente-huit je dirais. Assez jolie, brune, avec des lunettes elle aussi. Elle avait un décolleté qui descendait très bas, et rien au-dessous. Quand elle bougeait ses bras, on voyait régulièrement un de ses seins qui sortait du chemisier. Elle était faite un peu comme moi, mais plus petite, elle n’avait pas besoin de soutien-gorge, mais je suis certaine qu’ils étaient refaits. Donc elle dansait entre les deux hommes, ses bras autour du cou de celui qui lui faisait face, et se collant aussi en bougeant ses fesses contre celui derrière elle. Elle avait l’air d’apprécier, en tous cas ca la faisait rire.
- Et les types, ils faisaient quoi, ils mataient ?
- Les types comme tu dis, ils ne faisaient pas que mater, ils lui caressaient les seins et les cuisses. Et elle, elle riait.
- Elle devait être saoule cette pauvre fille.
- Je ne sais pas, mais elle avait l’air de bien tenir sur ses talons. Celui qui était derrière elle l’embrassait dans le cou et avec sa main lui remontait sa mini - mini jupe. Julien, lui, il ne perdait pas une miette du spectacle, il en oubliait même de boire son whisky. Alors, à force de remonter la jupe, on lui a vu ses fesses. Elle ne portait rien dessous. J’aurais dû m’en rendre compte, le sol était tapissé de miroirs, mais pas en verre, une sorte de substance qui fait la même chose, mais sur laquelle tu peux marcher et danser.
- D’accord, je vois….
- Ca c’est sûr qu’on voyait. La, Julien s’est réveillé et j’ai senti sa main sur sa cuisse. Il voulait me caresser et que j’enlève moi aussi mon string.
- Non, ne me dis pas que tu l’as fait.
- On était dans le noir, ça lui faisait plaisir, et moi aussi j’avais envie. Je l’ai enlevé et je le lui en ai fait une pochette. Après, ça a été vraiment bon. Lui il regardait le couple, enfin, le trio qui allait de plus en plus loin sur la piste et moi je me laissais faire en fermant les yeux tellement c’était agréable ce qu’il me faisait.
- et pendant ce temps-là, tout le monde pouvait te voir.
- Oui, c’est possible, mais il y avait de plus en plus de monde, et ça devenait de plus en plus chaud de partout, et même si on pouvait nous voir, on était loin d’être ceux qui faisaient le spectacle.

à suivre .......


dimanche 24 juin 2012

Et peu a peu, on n'aime plus (Partie 1)


Son mari l’a quittée pour une femme plus jeune, plus fraiche et peut-être plus sexy qu’elle. Il l’a quittée parce qu’une autre est venue vers lui. Alors, il s’est laissé griser par l’aventure qui lui était offerte il pouvait ressentir à nouveau l’excitation du début mais aussi l’orgueil d’être encore un objet de désir.. Cette histoire, à condition de rester secrète, aurait pu rester sans lendemain et chacun y aurait trouvé son compte.

lundi 11 juin 2012

La leçon de dessin

Point de vue d'Alice



Chapitre 1 — La rencontre



Cours de dessin

J'ai toujours adoré cet instant de calme, juste avant que ne commence le cours de dessin. Le professeur n'était pas encore arrivé, mais nous l'entendions discuter dans le couloir. Je me demandais quel serait le sujet de la séance d'aujourd'hui. C'est un peu comme une pochette surprise, il aime nous surprendre et nous guider là où nous ne nous attendons pas à aller, loin de notre confort, tant artistique qu'intellectuel. J'avoue qu'au-delà de la simple gageüre technique que parfois il nous impose, j'ai quelquefois été mal à l'aise avec ses sujets imposés. Dessiner un lapin mort, ou un couple enlacé de vieilles personnes sont des expériences que j'ai abordées avec une angoisse certaine. Mais il est comme ça le Jacques. Il nous répète souvent que ce n'est pas chez lui que nous apprendrons à refaire la photo du chien, ou celle des petits chatons dans leur panier. Une fois, pour rire, il nous a distribué un calendrier de la poste. En nous disant : « alors, les mémés, vous allez être contentes pour une fois, ça ne va pas vous remuer les tripes.... ah ah ah ». Nous nous regardions interrogatives, nous doutant qu'il n'en resterait pas là. En effet, et je m'y attendais, il était content de sa bonne blague. Il nous distribua à chacune un pot de gesso et un pinceau de bâtiment, nous demandant de barbouiller de plâtre liquide les calendriers, en formant des épaisseurs irrégulières sur le support. Nous nous attachions à suivre scrupuleusement ses instructions, rectifiant nos œuvres selon ses indications et ses remarques. Au bout d'un quart d'heure, nous avions terminé. Il nous demanda, tandis que l'apprêt était encore humide de dessiner avec nos doigts le bout de nos phalanges, le tranchant de nos mains, de creuser le blanc, de le salir, de lui donner une forme. Nous sommes toutes, bien obéissantes, et si cet exercice nous donnait l'impression de revenir en enfance, nous détruisions de nos mains ce que nous avions sagement appliqué à coups de pinceau bien léchés. Jacques passait derrière nous et en demandait toujours un peu plus.... selon lui nos toiles étaient bien trop sages, il voulait que nous y alliions carrément, nous confisquait les outils pour nous contraindre à prélever la matière directement dans le pot avec nos doigts. Mon carton dégoulinait de plâtre, et là où j'avais formé des structures de matière, tout s'effondrait dans la plus totale informité. — dis donc Alice — dit Jacques en riant- on dirait que ça commence à t'amuser de faire des pâtés de plâtre... essaie quand même que ça ressemble un peu à quelque chose..... Il était drôle. Que ça ressemble à quelque chose ; mais à quoi cette séance digne d'une école maternelle pouvait elle bien nous mener ? Je redoublais de concentration, et tandis que peu à peu le plâtre  séchait, je continuais de gratter, de creuser, de modeler. J'entendais rire quelques filles, d'abord discrètes puis franchement. Je levais les yeux de ma toile et  les voyais, chacune absorbées par leur ouvrage, des traces de plâtre sur la figure et dans les cheveux. Nous avions oublié un moment nos statuts d'adultes, de femmes parfois désœuvrées et souvent névrosées. Jaques passait dans les rangs, promenant son gros ventre et son rire communicatif. J'ai longtemps gardé ce carton au mur de mon petit atelier, il est resté pour moi le symbole du bonheur que j'éprouvais durant ces trois heures de cours par semaine.

Jacques discutait toujours dans le couloir, et nous l'entendions rire, de la bonne blague qu'il allait nous faire.
Il entra dans la salle de cours accompagné d'un homme jeune, qui n'était déjà plus tout à fait un jeune homme. Ces deux làavaient l'air de bien se connaitre.

— Mesdames, aujourd'hui nous avons la chance de compter parmi nous Bertrand qui a accepté de poser gratuitement pour nous. Bertrand est un de mes anciens élevés, et il a aussi été modèle professionnel il y a.... Ça fait combien de temps Bertrand que tu as posé pour la dernière fois ?
— euh. Une petite dizaine d'années, je crois... mais j'ai surtout posé en académie, pour payer mes cours de dessin il y a vingt ans...
— et à l'époque, tu prenais combien pour deux heures ?
— 80 francs, je crois, plus le trajet.
— Bon mesdames, avec l'inflation, j'espère que vous apprécierez le cadeau, le prix n'a pas beaucoup changé, mais c'est des euros. Tu peux aller te préparer derrière le paravent Bertrand, nous allons redisposer la salle. Dis-moi si tu as froid, j'ai un petit radiateur d'appoint dans mon bazar. J'espère qu'il marche encore.

Bertrand disparut un instant, le temps de se déshabiller. Ma voisine de gauche avait  sorti ses crayons qu'elle taillait avec un soin attentif, même ceux dont la pointe n'aurait supposé le moindre reproche. Celle de droite, une nouvelle dans le cours, avec des pinces à dessin, attachait une grande feuille de papier à un support en bois. Les autres s'affairaient, tentant comme elles pouvaient de cacher leur impatience de revoir Bertrand. Il faut dire, que tout habillé il était déjà un bel homme. Non pas simplement un joli garçon ou une glabre sculpture vivante, mais un mâle, avec toutes ses hormones, pourvu de tous les fantasmes que nous projetions sur lui.
Jacques nous demanda de nous disposer  en arc de cercle autour de la petite estrade destinée à accueillir le modèle. Le déménagement sembla durer une éternité, dans un vacarme de tables que l'on pousse, de chaises que l'on traine, de bavardages et de gloussements.

— c'est bon, Bertrand ? Si tu es prêt, tu peux nous rejoindre.

ouvrant le paravent il apparut souriant de ses yeux et de ses dents, naturellement nu, dans son corps d'amant, dans son corps de mari qui n'est pas le notre.


— C'est vrai qu'il fait pas chaud ici — dit Bertrand, — Jacques, tu peux allumer le radiateur. Ou dans deux heures j'aurais pris froid.

Il évoluait parfaitement à l'aise, sans exhibitionnisme, mais avec l'assurance de celui qui se moque du regard que l'on pose sur lui. Il savait qu'il tenait la route, mais son aisance ne lui conférait pas la moindre arrogance, juste la sensation d'être bien dans sa nudité.

Nous avions déjà eu quelques modèles masculins, recrutés pour la plupart dans le cours de danse du mercredi. C’était généralement de très jeunes hommes, à la musculature sèche et aux membres longs, sans un poil sur le corps ou sur le visage. J'aimais  les dessiner, attentive à la lumière qu'ils accrochaient, recherchant les contrastes, soucieuse de restituer la finesse du grain de leur peau, la douceur de leurs lignes. Ces moments étaient d'intenses batailles avec mon regard. Il me fallait lutter contre ce que mon esprit construisait, pour me contenter  de ne rendre sur la feuille que le reflet de l'image devant moi. L'émotion était toujours artistique, et je passais finalement peu de temps à observer le modèle. quand je rentrais chez moi, étalant mes croquis sur le sol, je me rendais compte, que sans le vouloir vraiment, la plupart de mes esquisses n'étaient que de simples reproductions de corps sans visage défini et sans sexe. Ils étaient  esthétiquement parfaits, mais j'aurais été incapable après un cours, d'en croiser un et de le reconnaitre. Tous mes dessins d'académie masculine se ressemblaient. Ils se distingaient  dans le temps par la maitrise accrue de mon geste et de mon regard.

Pour Bertrand, je sentais que la séance serait différente des précédentes et que je n'étais pas seule parmi toutes ces femmes à éprouver cette sensation.

— Bien, mesdames, aujourd'hui nous allons travailler sur la silhouette et les proportions. On évite de rechercher la ressemblance au niveau du visage, l'important c'est de transcrire l'harmonie et l'aplomb de la silhouette. Vous avez la chance d'avoir un vrai mâle comme modèle aujourd'hui, alors ce que je veux voir dans vos œuvres, c'est la masculinité du monsieur.
Madeleine, une jeune retraitée, installée derrière mois, de sa petite voix douce demanda :

 — on est obligé de tout dessiner à part les traits du visage ?

Andrée râlait pendant ce temps dans son coin et maugréait :

— J'aime pas les modèles hommes, avec leur machin qui pendouille, c'est moche. Je préfère les femmes, au moins, quand elles serrent les jambes on ne voit rien.

Jacques éclata de rire.

— Vous dessinez ce que vous voulez, ou ce que vous pouvez. Chaque pose ne doit durer que dix minutes avec deux minutes entre chaque, sauf si Bertrand est d'accord pour enchainer. Allez on démarre, vous verrez, dix minutes c'est vraiment court. Si tu veux, Andrée, tu peux te retourner, je te ferai signe pour les séances de dos. Allez, à toi Bertrand, tu veux que je t'indique les poses ou tu préfères faire comme tu sens ?

— Ça ira, répondit le modèle.

Bertrand commença par un profil, une jambe à peine fléchie, les épaules en arrière. C'était vraiment un bel homme, dans la quarantaine, un peu plus peut-être. Parfaitement proportionné, son ventre était plat sans pour autant être sculpté par la fréquentation de la salle de gym. Sa poitrine puissante était recouverte d'une légère toison grisonnante. Ses cuisses à la musculature dessinée donnaient à sa silhouette un aplomb solide. Planté sur le sol, il me faisait penser à un arbre. Nous avions toutes remarqué la partie centrale de son anatomie. Son sexe sombre et lourd reposait tranquillement entre ses cuisses. On sentait une tonicité naturelle que traduisait la tenue de son membre, qui était loin de pendouiller sans pour autant paraitre agressif ou obscène. Je n'avais pas encore pris en main mon bout de fusain, je regardais Bertrand, détaillant chacune de ses cicatrices, revenant sans cesse sur son sexe que je trouvais merveilleusement proportionné. J'aurais voulu ne dessiner que cette partie de son anatomie. Posé sur ses deux jambes, il donnait une telle impression de solidité que je l'imaginais me porter contre son ventre tendu. C'était la première fois que je me sentais éprouver un pur désir sensuel face à un modèle. D'habitude, je suis plutôt analytique. Le corps humain est un défi que je relève par la prise de cotes systématiques. Je trace des lignes, des cubes, des ovales et me rapproche ainsi de mon sujet, le réduisant toujours à un ensemble de formes qui doivent se conjuguer pour s'harmoniser. Là, je ne pouvais pas. Mon regard était comme aimanté par ses jambes, ses fesses et son sexe.

Jacques passait derrière nous et je n'avais pas vu le temps s'écouler. Le délai de la première pose était presque achevé quand je sentis la présence du professeursur ma nuque. Se penchant vers moi, il me glissa discrètement à l'oreille : — « alors Alice, tu manques d'inspiration ? » Ma feuille était encore blanche. Les mots presque chuchotés par Jacques me ramenèrent brutalement à la réalité. Je me hâtais rougissante de griffonner quelque chose, mais je n'étais pas suffisamment concentrée pour restituer autre chose que de vagues gribouillis.

La séance  se poursuivit, Bertrand enchainant les poses académiques sans donner l'impression de se fatiguer. Le cours était silencieux, presque religieux, seulement ponctué des remarques de Jacques. Il ne revint pas vers moi  les deux heures que dura le cours. J'avais réussi à rassembler mon attention et m'abstraire des images érotiques qui se formaient devant mes yeux à chaque nouvelle figure qu'exécutait Bertrand. Les croquis que je détachais avec rapidité de mon carnet s’accumulaient  à mes pieds. 


Le désordre des feuilles me gênait, je m'interrompais un instant pour faire un peu de rangement. La jeune femme installée à ma gauche avait posé son crayon et observait ma production. Je savais qu'elle s'appelait Claire. Jacques nous appelait toujours par nos prénoms, mais je n'avais jamais eu l'occasion de lui adresser la parole. C'était une jolie blonde bien en chair d'une quarantaine d'années. Elle s'était inscrite au cours de dessin en cours d'année. Elle manquait de pratique et de rigueur, mais progressait rapidement. J'avais eu l'occasion de voir quelques-unes de ces réalisations, qui étaient toujours très personnelles et marquées par l'abstraction. La semaine dernière, alors que nous devions interpréter une nature morte, une cafetière à côté d'une citrouille, sur un drap blanc, elle avait magistralement restitué le sujet par des aplats de couleurs très éloignées de la réalité. J'aimais bien ce qu'elle faisait. Alors que je m'attachais à la ressemblance, elle semblait s'en ficher éperdument, mais ce qu'elle faisait était toujours émouvant et plein de vitalité.

— vous avez fait beaucoup de croquis, me dit-elle.
— J'ai du mal à trouver la ligne.
— On dirait que le sujet vous a inspiré, ce que vous avez fait est vraiment superbe.
— C'est trop gentil, vous êtes une flatteuse.
— Non, c'est sincère, j'aime bien. Ça donne une impression de chaleur, un peu comme une caresse.

Je ne m'attendais pas à cette remarque. Ne sachant quoi répondre, je classais mes croquis.

— Et vous me faites voir ce que vous avez fait ?
— Si vous voulez.

Elle me tendit son carnet que je feuilletais d'abord par politesse, puis avec un réel intérêt.

— Vous aussi vous avez été inspirée. Vous en avez fait un touareg naturiste.
— Je sais pas, ça m'est venu comme ça.
— Tu sais... on peut se tutoyer peut-être, ce sera plus simple.
— Bien sur.
— Tu sais, quand je regarde tes croquis aquarellés, ça me rappelle l'exposition de Titouan Lamazou sur les femmes. C'était au Trocadéro, je crois.
— Oui, je m'en souviens, j'y ai été avec ma fille.... elle avait fait un dessin qu'il lui a dédicacé... elle était heureuse comme tout, elle a montré son dessin signé par Lamazou à tout le monde...
— Eh bien, je ne sais pas si ça t'a fait la même chose, mais chaque dessin, le regard de chaque femme... et bien, je me suis dit, lui, il aime vraiment les femmes.
— Tu m'étonnes.... je me suis fait la même remarque... j'ai pas osé lui demander de me dédicacer son livre, il y avait trop de monde...
— Quand je regarde tes croquis, ça me fait un peu la même impression... c'est une bonne idée, les applications de gouache mélangées à l'aquarelle... ça donne de la matière...

Claire éclata de rire pour dissimuler sa gêne et reprit.

— euh, il est quand même pas mal, le mec. Pas forcément à mon gout. Mais y a pas grand-chose à jeter. Si tu vois ce que je veux dire.
— Moi je dirai pas ça... pour une fois qu'on a pas un minet... j'en ferai bien mon quatre heures... et puis mon diner aussi pourquoi pas.

Nous riions comme deux gamines. Le cours était achevé, Bertrand, le modèle était retourné se rhabiller derrière le paravent. Jacques était en grande discussion avec Andrée, qui s'était contentée de travailler le visage du modèle. Le cours se vidait peu à peu, les élèves s'éclipsaient par groupes avec plus ou moins de discrétion.

Je regardais par la fenêtre, il faisait déjà sombre et une pluie fine commençait à tomber.

— Pfff, on n'est même pas en octobre, et on se croirait déjà en hiver.

— oui, répondit Claire, je crois bien qu'on est entrées dans le tunnel... encore 7 mois avant de voir le soleil et de remettre une jupe.

— Il parait que demain on aura tout de même une belle journée. Je me ferai bien la dernière terrasse de l'année, ça te dit ?

— Demain soir si tu veux, les enfants s'occupent de leur père ce weekend et il passe demain à onze heures.

— Toi aussi tu fais partie du gang ?

Alice me regarda interrogative.

— Le gang quoi, la tribu des divorcées.

— Oui, c'est tout neuf. Ça fait juste depuis la fin des vacances qu'on s'est mis d'accord sur les tours de garde et de visite. Demain, ce sera la deuxième fois. Toi aussi, tu es divorcée, tu as des enfants ?

— Moi aussi, en quelque sorte.... mais non, je n'ai pas d'enfants.

— Bon alors, demain on est libre... on va pouvoir faire les folles et parler du modèle. Il est ou celui-là au juste.

— Je crois qu'il n'est plus la, je ne l'ai pas vu partir. Discret le bonhomme.

— Tu crois qu'il est divorcé lui aussi.

— Je suis sur qu'il est marié, ou pire.... non, mais j'ai fait mon deuil.

Nous échangeames nos numéros de téléphone, nous promettant de nous appeler le lendemain en fin d'après-midi. Elle avait l'air  sympathique cette claire, j'aurais du lui parler plus tôt.